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Autosuffisance alimentaire, une politique agricole s’impose.

 

            A l’heure où l’on ne cesse de constater qu’une famille sur deux en Centrafrique, toute classe sociale confondue, possède un champ où s’approvisionner périodiquement compte tenu de la conjoncture ; la Centrafrique manque crucialement d’une réelle politique agricole adaptée à ses besoins. Nous continuons encore sur le modèle colonial avec des cultures industrielles que nous ne maîtrisons pas les enjeux, laissant nos réels besoins au profit d’une dépendance vis-à-vis de nos pays voisins de la zone CEMAC (Tchad, Cameroun, Soudan, la RDC et le Congo).

            Certes une telle collaboration est nécessaire mais nécessite des échanges de part et d’autre mais nous sommes restés dans le rôle du consommateur, excepté quelques rares exportations (café, coton), sans pouvoir être capable de produire suffisamment l’essentiel de ce, dont nous avons besoin alors que nous disposons de tout ce qu’il faut pour produire (climat, terres cultivable etc). Le tableau ci-dessous présente un aperçu de la situation.

 

Nos dépendances

Nos insuffisances

Productions inefficaces

Œufs, arachide, viande bovine, oignon, ail ...

Huile de cuisine (palme et autres), sucre, miel...

Café, coton, tabac...

 

Pour remédier à ce problème, j’estime que nous devons mettre en place une réelle politique agricole qui tienne en compte d’abord l’essentiel de nos besoins alimentaires d’une part et nous orienter vers des cultures exportatrices à forte valeur ajoutée que nous pourrons au moins avoir la maîtrise des prix de vente. Pour ce faire, je soumets à votre appréciation quelques propositions pouvant orienter la mise en place de cette politique.

Je préconise :

1.      l’abandon des cultures dont nous ne maîtrisons plus les enjeux et le prix comme le café, le coton…

2.      Développement de l’agriculture vivrière par la production prioritaire et suffisante des denrées de base (manioc, arachide, ail, légumes verte, banane…)

3.      Développement de l’élevage dans tous ses secteurs : viande bovine, avicole, apicole…

4.      Orienter les productions destinées à l’exportation vers des cultures à forte valeur ajoutée et mieux commercialisables comme la vanille, le poivre, le petit piment…

5.      La révision ou la dynamisation des processus et circuits d’enlèvement de la production en privilégiant le développement des coopératives, GIR…

6.      Le développement de la vulgarisation des nouvelles techniques modernes de production agricole.

7.      Développer la formation des agents techniques au niveau CAP et BEP qui seront destinés à être au contact des agriculteurs.

8.      Encourager la transformation locale des denrées produites.

9.      Encourager l’industrialisation de la production par des aides publiques.

10.  Mettre à disposition des agriculteurs les moyens matériels nécessaires à leurs activités quitte à ce qu’ils soient locatifs via les coopératives etc.

11.  Encourager la productivité et la valorisation des produits par des ristournes.

 

Il va sans dire que la mise en place d’une telle réforme ne se fera pas sans résistance mais il faudra une réelle volonté et du courage de la part de nos décideurs et la contribution de tous.

A vous de juger et apporter votre contribution.  

 

M. Guy Max MBOTTO MATHA

 

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Intervenants

Commentaires

Alain BENARD

28/11/05

Mon frère, la RCA avait atteint l'autosuffisance entre les années 1987, 88 et 89 sans abandonner la culture du coton et du café qui constituent de sources de devises et qui occupent et nourrient bon nombre de familles. Une économie forte est une économie diversifiée. Le problème est de remettre en place une bonne politique agricole comme tu l'as souligné au point 2 de ta réflexion. C'est un problème d'orientation de la politique agricole donc de volonté politique des gouvernants.
J'en profite pour te dire toutes mes félicitations pour la réalisation de ce site. Tu mérites plus que nos simples encouragements. Que Dieu te bénisse !

Guy Max MBOTTO M.

28/11/05

Merci pour vos encouragements. A l'époque nous avions un volume de production assez conséquent et les cours mondiaux permettaient de couvrir les coûts de production. Or le système actuel encouragé par des subventions, défini pour nous, des prix de vente qui ne permettent même plus aux producteurs de couvrir leurs frais de production. Le café par exemple s'est vendu jusqu'à 25 Fcfa le Kg contre 250-300 Fcfa. Pire encore, des agriculteurs sont restés avec leurs productions cumulés durant 3 ans faute d'acheteurs. Dans ce contexte, devons nous continuer malgré tout à produire sans avoir la maîtrise du prix de vente?

Oui pour la diversification, mais avec des produits qui nous permettent un revenu suffisant. Ou alors on subventionne la différence! Avant ça payons déjà les salaires ... c'est pas pour bientôt.

Alain BENARD

29/11/05

 

Oui, pour une politique de maintien de la culture de coton qui, je répète est une source de devises et qui occupe de milliers de personne. Mon frère, nous disposons en RCA des cadres, ingénieurs et techniciens qui maîtrisent parfaitement les enjeux économiques de ces secteurs. Le problème de très faibles rentabilités du coton par exemple concerne tous les pays africains producteurs. Et comme tu le sais, il est dû à la concurrence déloyale des pays comme les Etats-Unis qui subventionnent leurs agriculteurs. La situation était devenue grave et les pays africains ne pouvant abandonner cette culture pour des raisons évoquées ci-haut ont saisi l'OMC qui a finalement tranché en mars 2005: Les subventions des pays occidentaux vont être revues si non arrêtées. Il s'agit de la vie des millions de personnes qui dépendent directement et indirectement de ces productions. Abandonner revient à paupériser cette population, grossir les rangs des chômeurs (situation déjà inquiétante chez nous) et créer de tensions latentes. Les crises militaro-politiques chez nous ont empêché Socadetex de lever les productions de 2002-2003. L'espoir né de la décision de l'OMC a venir à Bangui en octobre un nouveau opérateur qui compte reprendre les affaires. Après avoir atteint un plancher historique en 2001, les cours du coton sont fortement remontées en 2003 et continue son ascension. Bien que la relance est très lente et doit prendre du temps, les autres sont déjà entrain de se préparer activement pour tirer profit au moment venu. Nos gouvernants doivent vite stabiliser le pays et commencer à mettre en oeuvre leur programme politique s'ils en ont un. Si non, ils peuvent consulter le site lekere-kodro pour s'inspirer des pistes frayées par les compatriotes.
Abandonner la culture de ces produits, c'est déplacer le problème et même en créer d'autres. Qu'ils mettent les gens qu'ils faut à la place qu'il faut sans considérations ethnique, politique et partisane, et les laisser travailler sans pression. Qu'on arrête de dire "C'EST NOTRE TOUR, CE N'EST PAS A NOUS FAIRE, NOUS DEVONS NOUS ENRICHIR AUSSI".

Guy Max MBOTTO M.

02/12/05

 

Bien que le cas du coton soit encore meilleur que le café, à te lire on retiens quand même que cette culture à une faible rentabilité. Est-ce parce que les autres pays africain continuent de la pratiquer que nous le devons aussi? Il y a d'autres sources de devise à conquérir et j'en suis sûr, si une bonne communication est faite autour de la culture remplaçante, les agriculteurs ne tarderont pas à se lancer pour améliorer leurs revenus quasi inexistant. Je ne doute pas de la compétences de nos cadres agricoles, même s'ils maîtrisent les enjeux économiques de ces cultures, ils n'ont cependant pas les moyens pour garantir aux agriculteurs un niveau de vie acceptable par leurs activités combien pénibles, Dieu seul sait! Au final, eux auront leurs salaires malgré tout et l'agriculteur devra se serrer la ceinture pour attendre les jours meilleurs ?

Ok pour la diversification des cultures destinées à l'exportation, créatrices de devises, mais nous n'avons pas le droit de favoriser un secteur, une région au détriment de l'autre. Car ce sont tous, les fils de la RCA et chacun à travers ses activités doit pouvoir vivre DIGNEMENT de celle-ci.

Félicitations Alain, pour la qualité de votre argumentation qui me convainc partiellement; mais il faut jeter un pavé dans la marre et faire bouger les choses. 

GABRIEL GOLOUMO

13/04/06

Bonjour,
Le débat initié par Guy est essentiel. Je suis tout à fait d'accord avec Alain.
 

Issu d'une zône où le café et le tabac étaient les cultures de base à l'exportation,j'ai grandi avec la qualité de vie qui était la mienne lorsque mes parents récoltaient le fruit de leur travail d'une année entière,à chaque fois que le marché avait lieu,car ils étaient payés en même temps que leur produit étaient enlevés, sinon avec juste quelques jours de décalage. Et il en était de même pour les pommes de terre.
Je rappelle au passage que le tabac centrafricain et le café centrafricain sont de première qualité,et ce n'est pas véritablement le problème de leur écoulement qui poserait problème,quand bien même le contexte mondial est difficile.

 
Je vous assure que j'ai eu des larmes aux yeux lorsque par la suite, je voyais ces greniers remplis de café qui étaient rongés par les chenilles faute d'enlèvement, et pire encore la colère et la tristesse de ces planteurs de café ,qui de ce fait ne savaient plus à quels saints se vouer.
NON mon cher Guy, le problème ne se situe pas au niveau de la necessité aujourd'hui de produire du café ou du coton, car d'une part ce n'est pas tout le territoire qui cultiverait du café, du coton ou du tabac , d'autre part la qualité de ces produits ferait aussi la différence, et enfin cela n'empêcherait aucunement l'orientation vers d'autres cultures (vivrières ou non ).
Une fois de plus, c'est encore une question de POLITIQUE NATIONALE de l'agriculture.
L'agriculture archaïque ne peut plus donner à manger,il faut la moderniser,aider le paysan centrafricain à faire d'une autre manière,comme avaient commencé à faire les COOPERATIVES AGRICOLES, détruites par la suite par les APPETITS VORACES de nos dirigeants.

C'est pourquoi, il faut que l'Etat encourage les structures collectives autonomes qui pourraient être plus proches des agriculteurs, et servir de relais avec les consommateurs-acheteurs.

Et puis, la sécurité des approvisionnements pose aussi problème. C'est une HONTE que même le MANIOC soit devenu un véritable produit de LUXE.

BON COURAGE A TOUS DANS CETTE GALERE!!!

 

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