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Un Etat sans administration est un état fantôme

 

    J'ai eu le privilège de vivre dans le sérail financier centrafricain où je pense avoir donné le meilleur de moi-même au service d'un peuple chaleureux qui devrait avoir droit lui aussi à sa part de bonheur. La corruption c'est l'histoire de l'œuf et de la poule. Comment imaginer qu'un fonctionnaire qui ne perçoit aucune solde depuis plusieurs mois puisse échapper à la tentation ? Mais, si on parle des corrompus il faudrait aussi parler des corrupteurs. J'ai souvent choqué pour avoir développé l'idée d'une éducation à la corruption. Si on y réfléchi bien les gains se font toujours au détriment de l'Etat mais le plus souvent au profit du corrupteur ... Que représente en fait le "cadeau" du corrupteur au corrompu dans le plus grand désarroi par rapport aux droits réellement exigibles? Qui oserait encore corrompre si le "tarif" était devenu tellement prohibitif qu'il serait risqué de prendre en outre une amende ? Pourquoi n'évoquer que les douaniers puisque c'est toute l'administration qui s'est, en quelque sorte, et par obligation alimentaire "mise à son compte" ? Que serait le Président de n'importe quel pays sans son bras séculier, son administration ? Il faut que l'Etat reprenne la main, mais il ne pourra jamais prendre de sanctions dissuasives tant qu'il ne sera pas en mesure d'honorer sa dette salariale, c'est son talon d'Achille. Qui sur cette planète accepterait de travailler gratis ? Ce pays a le ressort nécessaire pour s'en sortir si l'Etat joue à nouveau son rôle en faisant appliquer sans faiblesse ses lois. Lorsque l'Etat aura évacué ce problème récurent il devra alors être intraitable dans la sanction. En France c'est comme ça : un fonctionnaire doit être irréprochable sinon il est immédiatement exclu !!!


    Les centrafricains auraient donc tout intérêt à solder le passé et à se mobiliser autour de cette idée, sinon la loi du plus fort ou du mieux placé continuera à étrangler les faibles. Si, comme je l'avais préconisé en son temps on avait nommé comme DG des douanes un coopérant courageux et bien protégé suivi dans ses projets de sanctions alors, sans solutionner tous les problèmes la situation serait certainement bien meilleure. Mais, vieilles réminiscences colonialistes exigent, on a trouvé, une fois encore, mes propos farfelus. Je connais bien les fonctionnaires centrafricains du ministère des finances, ils méritent beaucoup mieux que de se faire traiter de corrompus. J'en ai connu des courageux, intègres, patriotes mais, eux aussi un jour ont craqué car ils avaient faim, eux et leur famille. J'aime ce pays je n'ai pas été un coopérant venu jouer au tennis et faire du CFA. Je reste convaincu que toutes les recettes des grands organismes internationaux n'étaient pas les bonnes, car tous leurs représentants n'ont jamais vécu le quotidien du peuple et des fonctionnaires. Il faut aider ce pays mais il ne faut pas non plus que ce pays décourage les meilleures volontés. Même le meilleur médecin ne peut guérir un malade qui refuse de prendre ses médicaments ... A situation exceptionnelle remèdes exceptionnels, inutile de rêver, comme les recettes fiscale "potentiellement attendues" et jamais recouvrées il me semble vain d'attendre une régularisation des arriérés... La vérité est peut être ailleurs mais la réalité est douloureusement présente.

Gérard FACON

 

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